Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
mariehelenechiocca.over-blog.com

Texte Articles - Impressions littéraires et artistiques en provenance d'une terre inconnue : le Bugey

LES SOYEUSES : Quel est ce désir ?

Ceci est une première. Confier à la page d’un blog, ce qui serait peut-être une page de journal. Avec cette question récurrente : qu’est-ce qu’écrire ? Ecrire avec l’ambition d’être lue. Est-ce le désir secret d’un partage qui relierait le lecteur à soi au moment de la solitude la plus profonde ? 

- Il n’y a pas un bruit ce matin, dans la maison où j’écris. - 

 

Il y a cette écriture du « soi » que je connais bien, que j’ai beaucoup pratiqué, cette auto-fiction qui n’est pas éditée où sont – à ce que je crois – mes plus belles pages. J’ai plutôt eu la surprise d’être éditée avec un petit livre écrit un été, au moment où le village où je vis était moribond. Le livre porte d’ailleurs ce deuxième nom : « Chronique d’une Utopie rurale ». Oui, il fallait rêver ce village pour continuer d’y vivre … Et d’ailleurs, le village a repris vie, plusieurs couples sont arrivés et l’Auberge a rouverte dans la foulée de l’édition …

Les mots auraient-ils cette vertu de donner vie à nos désirs ?

 

Les Soyeuses, c’est tout autre chose. C’est une construction lente. Chaque personnage a son totem. Chacun son désir, sa ligne. C’était cela qui m’intéressait, des personnages pleins de rêves enfermés dans la même boîte avec l’Avenir au bout comme un aboutissement.

C’est Henri Gruvman qui a eu l’idée du flash back de Marie, l’héroïne qui vient revisiter son passé. Mais qui a surtout eu cette super idée dramatique de se placer à l’intérieur de la conscience de Marie. La réalité représentée sur la scène est passée au tamis du souvenir, de sa déformation. On y lit et on y voit parfois des fantasmes.

 

Ces fantasmes aussi du coup, je les ai écrits, avec un grand plaisir. Marie redonnait vie à l’enfance, quand on croit des choses folles et qu’on se fait peur à soi-même. Mais aussi quand on se sent si petit face à une Autorité si grande, quand les autres ont des désirs pour vous qui ne sont pas les vôtres, quand tous les adultes ont l’air de savoir ce qui n’est pas encore à votre portée.

 

Cependant, la fiction s’est d’abord écrite à partir de documents, des discours que l’Histoire garde d’elle-même : discours du patron qui pense pouvoir allier morale et enrichissement, énumération des règles de vie dans un pensionnat. J’ai dû revoir mes a priori car la réalité passe la fiction et j’ai d’abord cru que la Mère supérieure était alliée au Patron. Je me trompais. Leurs visées sont autres. C’est le livre de l’historien Henri Pansu, paru bien après mes premières versions, qui m’a révélé cela. La Sœur Mère elle aussi avait des visions. Le Ciel porte très haut !

 

Je n’ai pas eu de mal à créer les pensionnaires, leurs rêves tendres. J’aime la scène du Pont. Henri a un faible pour la scène où Marie retrouve son frère. J’ai dit dans ces différents personnages tout ce que je savais de l’amour et de ses formes.

 

La fin ? Elle a été difficile, elle l’est toujours. Tendue vers l’imperfection. Peut-être cette histoire n’est-elle pas finie mais le Théâtre veut que cela ait une durée. Alors Marie va apprendre ce qu’elle ne savait pas. Une vérité spirituelle pour continuer la route. 

 

J’ai écrit depuis une autre pièce « A Cris et A Murmures », infiniment poétique. Une pièce pour tenir debout dans la tourmente. Mais, si vous saviez l’énergie marathonesque nécessaire pour placer sur un plateau de Théâtre un peu plus d’une heure durant quelques personnages incarnés par des comédiens, vous vous demanderiez quels fous continuent encore de faire ce métier avec si peu d’argent.

 

 

Commenter cet article