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Texte Articles - Impressions littéraires et artistiques en provenance d'une terre inconnue : le Bugey

Ecriture en laboratoire - samedi 27 et dimanche 28 mai 2017 EXPLORER L'OMBRE

Publié le 3 Juin 2017 par marie-helene Chiocca

TEXTE 3, écrit à Avignon le 28 mai 2017, au cours d’un Work shop proposé par 0ctogone Laboratoire, groupe de travail sur l’Ecriture Polyvocale.

L’Atelier était mené par Anna Romano, de la compagnie bruxelloise Forteresse, dans le cadre d’un projet européen d’écritures collectives.

Le résultat final de cette écriture polyvocale, qui associe les textes des auteurs présents, se retrouvera en juin 2017, sur le site d’Octogone Laboratoire et de Forteresse. Ce texte-ci entre dans l’élaboration du texte final. Il existe aussi par lui-même.

Introduction à l’élaboration des textes

Anna Romano avait écrit « Stage d’Ecriture Polyvocale », j’ai entendu « Chorale », dans le sens de chœurs antiques. Et me suis immédiatement inscrite avec cette idée de « chœur » à construire. Le stage avait lieu le week-end du 27 et 28 mai. Mon écriture s’est trouvée associée à celle de deux femmes en particulier, Elsa Thu Lan Rocher et Léonie, étudiante à l’Ensatt, deux jeunes femmes installées à Lyon, de moins de trente ans.

Ensemble, nous avons joué le jeu, nous sommes engouffrées dans les consignes proposées, toutes s’appuyant sur « une sorte d’état des lieux intime vis-à-vis de ce qui se passe dans nos sociétés, notamment des peurs que font naître le terrorisme ».

En même temps, qu’elle nous confiait les consignes, Anna évoquait le soleil d’Avignon qui tranchait avec le froid et la pluie des ateliers des mois précédents à Montreuil. Il faisait 30° dehors, les rues sentaient le jasmin … où donc était la peur ?

Et puis, Anna a parlé du phénomène « Blue Wave Challenge » qui touche les ados, et des tous petits qu’internet accoste en mêlant à leurs séries bien aimées de faux dessins animés destinés à choquer leur esprit, à violenter leur psychisme …

De ces informations nouvelles, mêlées aux trois textes qui nous servaient d’appui – Gérard Haddad, Dans la Main droite de Dieu – essai psychanalytique sur le fanatisme ; Pier Paolo Pasolini, Qui suis-je ? Poème autobiographique sans concession ; et l’Hiver de la Cigale, de Pietro Pizzuti ( bientôt chez Lansman) qui pose la question de la légitimité de la révolte - nous avons écrit chacune trois textes.

Voici le troisième des miens, qu’on retrouvera sans doute adapté dans ma pièce A Cris et à murmures et qu’on retrouvera aussi dans le texte « polyvocal » qui sera visible dans quelque temps sur le site www.octogonelab.eu

 

UNE VAGUE DE BLEU

« Ne bouge pas, ne dis rien. Tu entends ? Le silence de la nature. Elle, ne bouge pas. Tu vois sa beauté ?

  • Je la vois
  • Regarde-la
  • Je …
  • Chut, ne bouge pas. Pas encore. Nourris-toi ! La nature n’a pas d’âge …
  • Mais, s’ils avancent ?
  • Ils avancent … mais c’est la seule façon de tenir...
  • Laisse-moi écouter, juste un peu, regarder…
  • Sois prudente !
  • Je les vois, ils tordent les boyaux des enfants, ils viennent avec un long savoir …
  • D’où tienstu cela ?
  • De toutes les images que j’ai vues … des récits entendus … des mots que j’ai lus.
  • Des mots intimes ?
  • Des mots intimes qui viennent t’agripper le cœur comme une tique.
  • Une tique ?
  • Une énorme tique noire qui se gorge de ton sang et l’empoisonne.
  • Une simple tique ?
  • Une tique qui empoisonne ton sang pour longtemps, très longtemps et dont tu ne sais rien.
  • Qu’ont-ils fait ? Qu’ont-ils dit, en toi, dis ?
  • Dans le paysage souple d’une âme au printemps, ils ont planté une aiguille noire, percé un trou jusqu’au centre du cerveau, infiltré la pointe infectée. Et puis, plantée, là, enfoncée. Coincée. … Ca y est, l’œil est mort, bien mort. L’iris d’un bleu sauvage s’est flétrie, ne verra plus la lumière, ne saura plus dire la couleur de sa robe et de son manger. Seront éteintes les rues où elle marchera.
  • … Tu ne devrais peut-être pas aller plus loin ?
  • Pourquoi aurai-je peur ? Maintenant, je veux savoir.
  • Quand il est entré dans la tête de l’enfant, il lui a saisi l’âme tu sais la corole lisse de la fleur, celle qui frisonne au souffle de l’air au printemps -. Cette grâce, il l’a regardée, à peine - sans doute pour ne pas troubler son sommeil -. Et il a pris son temps pour cela, pour agrandir le trou, lentement, pour forer, transpercer, enlever, remettre, agiter son dard immense dans la petite âme surprise, qui ne comprend pas, mais sent, sent bien que cela n’est pas bon, que ce qui la tient clouée commence à faire mal :
  • « Qu’estce que tu fais ? Qu’est-ce que tu fais ?
  • Rien. Tais-toi ou ce sera pire.
  • Pire ? Comment pire ?
  • Je vais te montrer. Là, tu sens !
  • Aïe, arrête, s’il te plaît !
  • Là, tu vois, ça là, tu vois, c’est pire !
  • Arrête, arrête.
  • Et puis, il y a encore pire !
  • Je ne veux pas pire. Je ne veux pas.
  • Tu vois, ça ne peut pas s’arrêter. La machine est en marche.
  • Arrête, arrête !
  • Ce n’est pas moi, c’est la machine … … Regarde-toi, maintenant. Regarde !
  • Ce n’est pas moi !
  • Si, c’est toi.
  • Mais …
  • Ce trou béant, c’est toi. Regarde, cela suinte. Tu es malade, maintenant, tu vas voir, ça va suinter tout seul …
  • Je …
  • Non, plus de « je … » ! Tu pues comme un porc. On va enlever ton déchet. Tu n’as plus d’âme, elle est partie … C’est fini pour toi ! Ah, Ah, Ah !

 

  • Cela t’a aidée ? Cela t’a aidée d’y aller ?
  • J’ai chaud, mon corps brûle. Je crois qu’il y a encore d’autres mots …
  • Pour extirper tout ?
  • Je ne sais pas si c’est possible de tout extirper.

 

Marie-Hélène Chiocca – 28 mai 2017 Avignon.

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